28 décembre 2007

Le dragon et la tortue

Si Lafontaine vivait à notre époque au japon, ce serait sûrement sous forme de fable qu'il dépeindrait les deux « incidents sportifs » qui ont, à eux deux entaché plus de la moitié de la, déjà très criticable, télévision nippone durant 3 semaines d'octobre. L'un raconte la perte de motivation, peut-être, l'envie d'un simple retour chez soi, loin de l'ambiance quasi yakuzaenne des dôjôs de sumo, sûrement, d'un mongol (rebaptisé 朝青龍) excellant dans le sacro-saint sport-culture national. Là où le bat blesse, c'est que pour fuir ce monde, l'excuse de besoin de vacances ne marche pas. Il prétexta donc une maladie, curable seulement sur le sol mongol entouré des siens, tiens, tiens...
Le drame commence lorsque des images d'Asa jouant tout gaiement au foot avec des potes durant sa convalescence, font le tour des télévisions japonaises. traître, menteur, irrespectueux, les mots doux vont bon train et le pauvre lutteur, à son retour, est contraint de s'excuser en publique pour l' « affront et le souci qu'il a pu causer au peuple japonais ». Le japon s'interroge postérieurement, pourquoi nous avoir menti, nous à qui il doit l'essentielle de sa carrière? Mais le Japon ne s'interroge pas sur le train de vie des ces lutteurs, sorte de king kong moderne qu'on exhibe lors de tel matsuri lorsque la gloire leur sourit, mais contraint de surveiller l'entrée de boites de nuit sordides lorsque leurs mollets ne leur permettent plus une poussée suffisante.

L'autre histoire raconte comment un petit fûryô né dans une famille de castagneurs (亀田家) de la banlieue d'Osaka se retrouve à enfreindre quasiment toutes les règles élémentaires de boxe durant la finale du championnat national. Des explications sociologiques ou génétiques, au rejet de la faute sur le méchant papa gangster ou au manque de technique pure, le Japon s'interroge. qu'est ce qui peut pousser un sportif au sommet de sa gloire aux plus infâmes actes de non sportivité? Mais le Japon ne s'interroge pas sur le sort du gagnant de cette compétition, meilleur boxeur techniquement et mentalement passé presque inaperçu dans cette tourbe médiatique.

Qu'est ce qui rapproche ces deux évènements médiatiques d'abord, sportifs que bien après? à priori rien. Et pourtant c'est en s'interrogeant sur la médiatisation, prise dans sens philosophique, exprimer une entité ou un fait par le biais d'un medium, que le lien apparaît. En effet, si un traitement médiatique est fatalement subjectif et dans le cas de la télévision, bien souvent spectacularisé, il convient tout de même de conserver une certaine corrélation de valeurs entre ce qu'on montre et ce qui est. Le sport est un domaine, un champ où la notion de performance dans le cadre de règles établies est principale. Or que cela soit dans le cas du lutteur mongol ( ses réelles qualités techniques et son parcours sans fautes sportivement) ou du jeune vilain boxeur ( montrant du doigt ses fautes et oubliant par la même celui à qui revient tout le mérite) le traitement, en qualité comme en quantité, n'a pas respecté la réalité des faits sportifs et s'est concentré sur des détails qui ont leurs valeurs dans le champ médiatique mais sont totalement inintéressant à l'intérieur du champ sportif. Le danger de ce traitement provient directement du fait que le champ médiatique phagocyte ou, en tout cas, rend poreuse les frontières nécessaire à l'autonomie des champs, préservant leur règles et normes. Les valeurs du spectacle en viendront-elles ainsi à supplanter les valeurs sportives, poussant les sportifs à rechercher la sacralisation non pas par les titres mais par le nombre de passage sur les plateaux?

3 commentaires:

TM a dit…

Tout à fait d'accord avec toi sur ce sujet. La télé japonaise semble s'éloigner de son rôle principale d'information et de distraction. Un exemple me vient tout particulièrement en tête. Récemment j'ai vu à la télé une émission consacrée entièrement au célèbre comique japonais du moment Kojima Yoshio et son "sonna no kankei nee" dans laquelle on tenté d'expliquer scientifiquement les raisons de son succès en démontrant notamment que la syllabe "p" dans "oppapi" attirait tout particulièrement l'attention du spectateur. Ou encore les émission où se retrouvent inlassablement les mêmes célébrités donnant lieu à une sorte de télé réalité à la japonaise dans laquelle on voit évoluer des individus ayant des discussions au moins aussi insignifiantes que celles que l'on pourrait tenir avec des amis dans la vie de tous les jours. J'avoue avoir du mal à cerner le rôle de la télé je ne sais d'ailleurs dans quelles mesures les Japonais l'apprécie ou la déteste.

thm a dit…

Je pense néanmoins que l'air du temps y est pour quelque chose dans cette connivence entre la télévision ou la presse et les sportifs.
Je veux dire par là qu'un certain nombre de contraintes (perte de pouvoir d'action des politiques, creusement des inégalités dans des sociétés croulant sous les richesses,
opulance des canaux d'informations conduisant à la simplification des discours...) vont
En France, on observe également ce même phénomène avec les trois derniers évènements qui ont reçu le plus d'échos médiatique : le couple Sarkozy-Bruni, les photos soft de Miss France et les photos hard de Laure Manaudou. Ces trois évènements sont en fait des non-évènements qui sont très pauvres en information. Mais ils ont pour point commun d'être simples à commenter, analyser et relayer.
Cet appétence pour la facilité est une des manifestations les plus dangereuses du capitalisme des sociétés modernes mais je ne crois pas que le Japon soit plus touché qu'un autre dans ce domaine. Cette dérive qui joue sur la satisfaction immédiate des pulsions des individus touche toutes les sphères de la société. Il n'y a pas de raisons que le sport (très exposé médiatiquement et générateur de grands profits) fasse exception à la régle.

TM a dit…

Un peu sur le même sujet j'attends un article de Gauter sur les kisha kurabu (clubs de journalisme) dont tout bon journaliste qui se respecte doit faire parti et par lesquels transitent toutes les informations avant d'être livrées au public dans une version aseptisée. Dans quelles mesures ces clubs peuvent-ils être une atteinte à la démocratie ?