Le Président de la République avait promis la rupture y compris sur la scène internationale.
Bon, il est vrai que le rapprochement avec Bush constitue une nouveauté mais il faut y voir à mon sens plus une idolâtrie pour "l'Amérique"que d'un réel soutien au cadavre politique que constitue aujourd'hui M.Bush.
Le véritable changement consistait à ne plus transiger avec les dictateurs, à en finir avec la politique paternaliste en Afrique, à parler franchement avec M.Poutine (j'ai hésité à le ranger avec les dictateurs)...
Bref, sur le papier et comme avec les autres sujets, comment ne pas être d'accord avec ce changement nécessaire de cette conception à tout prix utilitariste des rapports d'État à État que Jacques Chirac incarnait jusqu'alors?
Seulement comme sur de nombreux sujets, le discours et la réalité semblent deux choses bien séparées pour le Président fraîchement élu.
Pendant la campagne électorale, le candidat avait promis de « refonder la politique africaine de la France sur des relations transparentes et officielles entre pays démocratiques » ou encore de cesser de traiter indistinctement avec des démocraties et des dictatures ». Pour une de ses premières réceptions à l'Elysée d'un chef d'État étranger ce fut donc le "démocrate" Omar Bongo qui dirige à la tête du Gabon depuis quarante ans qui eut cet honneur. Ce dont il a l'habitude au demeurant. Au diable la rupture, puisque lors de sa tournée des pays africains, il retournera voir son ami, un "sage" à qui il avait même téléphoné le soir de son élection pour le remercier pour ses "conseils". Pour faire taire les critiques, il sera plus laconique : « le doyen des chefs d’État est toujours un homme respecté. Si je n’étais pas allé chez Omar Bongo, je l’aurai humilié inutilement ».
Alors certes, il a poursuivi un discours qui tranche fortement avec les habitudes diplomatiques françaises mais dans la conduite de la politique réelle, la "Françafrique" a toujours de beaux jours devant elle.
A trop s'attacher aux paroles, les journalistes tombent dans ce piège du langage et des actes. Sarkozy n'en a cure, il peut prétendre dire une chose un jour et faire le contraire le lendemain.
La séquence de la libération des infirmières bulgares en Lybie reste teintée de mystère quant aux conditions réelles de l'obtention de l'accord. C'est clairement une réussite puisque l'objectif a été atteint mais les compromis qu'il a fallu faire pour y arriver et notamment transiger avec le Colonel Kadhafi introduit un hiatus de plus dans la rhétorique de rupture avec les dictateurs. Mieux on pose avec eux.
Le cas des relations avec le Président russe Poutine est un autre exemple des revirements "pragmatiques" de Sarkozy. La non compromission sur les valeurs, la franchise dont il s'est fait le chantre durant la campagne électorale semble appartenir à la classique logorrhée des candidats. La complicité dont il a fait preuve devant les caméras en passant hilare son téléphone portable à l'hôte du Kremlin balaye d'un "objectif de caméra" toute sa belle rhétorique passée.
Derniers exemples en dates : la future réception de M.Chavez à l'Elysée ainsi que son discours à l'ONU.
Un discours dont on ne peut encore une fois que se féliciter s'il n'était emprunt d'une rhétorique chiraquienne trop souvent entendue. Or, Jacques Chirac, s'il tenait des discours à la tonalité alter mondialiste, aucune réalisation concrète n'est jamais venu étayer ceux-ci.
Plutôt que de rupture, on a affaire à une filiation dans cette même capacité à se prévaloir d'un volontarisme langagier souvent appelé à rester lettre morte dans les actes. Nous verrons ce qu'il advient du new deal écologique et économique...
On ne peut pas dire que Nicolas Sarkozy ne sache pas qui est Hugo Chavez puisque ce dernier n'avait pas manqué en 2006 à l'ONU de traiter G.Bush de "diable" mais comme il le reconnaît :
«L'obsession de la France, c'est qu'Ingrid Betancourt soit rendue à sa famille dans les plus brefs délais, et tous ceux qui pourront aider à la solution de ce drame seront les bienvenus ».
On retrouve cette volonté chez lui, volonté qui doit remonter à l'affaire de la maternelle de Neuilly, d'apparaître comme un sauveur et quelqu'un qui "fait". Médiatiquement le sauvetage d'un otage est la preuve tangible d'une action. Que celle-ci soit politique ou non lui importe peu, les longues négociations feutrées dans les institutions où se joue la véritable politique n'apportant rien de spectaculaire.
Tant qu'il donne le sentiment de faire; la rupture, elle, passe après...
26 septembre 2007
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