23 novembre 2008

Entre confusion et scission

Le spectacle que donne à voir le Parti Socialiste à l'heure de la désignation de son premier secrétaire vire au grotesque. Les acteurs en présence sont bien évidemment responsables de cet état, mais pas seulement. Plus largement, des causes structurelles, touchant aux modes de désignation de ses représentants (premier secrétaire et candidat à l'élection présidentielle) ne tenant pas compte du passage au quinquennat en 2000, et de l'inversion du calendrier électoral donnant la primauté à l'élection présidentielle sur les élections législatives viennent également expliquer ce fiasco.

François Hollande, le chantre de la synthèse entre les courants du parti est au premier chef responsable de la lente décrépitude d'un parti qui montre plus son aptitude à se déchirer qu'à gouverner.
A la suite du fiasco lors du référendum européen de 2005, le congrès du Mans aurait dû être celui d'un choix clair du parti pour une ligne d'adaptation à la mondialisation réformiste, pro-européenne conformément à la ligne de la majorité des caciques du parti qui ont connu le pouvoir sous Mitterrand et Jospin. La frange plus réduite ayant pris position contre l'adoption du traité constitutionnel - essentiellement Jean-Luc Mélenchon, Henri Emmanuelli et Laurent Fabius - aurait pu en tirer une conclusion analogue à celle que vient de tirer Mélenchon, et quitter le PS, ou, à défaut, y être poussé.
Au lieu de cela, avec la volonté de préserver l'unité de socialistes qui ne pensaient déjà plus pareil, Hollande a entrainé la défaite idéologique qui aboutira à celle électorale deux ans plus tard.
Cette motion de synthèse adoptée au Mans a tenu lieu de programme pour Ségolène Royal, qui, elle-même reconnaissait ne pas croire possibles certaines des promesses du programme tirée de cette motion.

Apparaît ici le principal échec du parti durant les 10 années de mandat de François Hollande, ne pas avoir tenu compte de la présidentialisation de la vie politique induit par le passage au quinquennat et à l'inversion du calendrier électoral souhaité par Lionel Jospin, persuadé de l'emporter alors en 2002. Ce refus de faire évoluer la tradition "guesdiste" du parti vers le réformisme (ce qu'est le parti quand il est au pouvoir depuis 1983) et d'inverser le choix entre la ligne et le leader a conduit à l'impasse le parti. Ce choix démocratique d'une ligne politique qui tiendra compte de tous les courants, puis du leader qui l'incarnera devant les électeurs est totalement dépassé à l'heure de la présidentialisation de la vie politique. A quoi cela sert-il de désigner un candidat pour l'élection si tous ont le même programme? Cette situation ubuesque est bien résumée par Jean-Louis Bourlanges avec cette formule "C'est comme si on signait l'armistice avant la bataille".

De là vient également l'accusation de manque d'idées dont on affuble le parti. Ce n'est pas exact, mais aucune n'est audible car chaque leader à la sienne, et aucune ne devient majoritaire car ce n'est jamais un courant dominant qui impose la sienne aux autres. Si changement il doit y avoir, il est bien là. Le parti ne peut plus se permettre de désigner des candidats fantoches qui doivent défendre un programme qui n'est pas pleinement le leur. Royal a au moins le mérite de bousculer ce schéma mortifère pour les socialistes et la gauche en posant notamment la question des alliances sans tabou, et en revendiquant sa volonté de prendre le pouvoir en 2012. Face à elle, l'alliance entourant Martine Aubry entend préserver l'unité du parti. On y trouve pêle-mêle : Fabius et Jospin, Lang et Delanoë ou encore Hamon et les amis de DSK. Quelle cohérence à part la détestation de Royal.

Les derniers développements ne laissent guère optimiste quant à un apaisement. Il ne faut pas oublier que le PS est un parti d'élus, le premier parti de France à l'échelon local. Hollande s'en est félicité de nombreuses fois, laissant à penser qu'il se satisfaisait de cette répartition des rôles : à la gauche le pouvoir local, à la droite le pouvoir national.
Le parti est à la croisée des chemins, garder des structures archaïques et laisser l'opposition à d'autres (Bayrou, Besancenot...) ou se transformer et retrouver son rôle d'alternative nationale crédible, dans une période qui n'a jamais été aussi favorable pour une politique de gauche.

9 novembre 2008

Où est l'Obama français?

L'élection de Barack Obama a entrainé en France un certain nombre de réactions de la part des grands médias français qui tenaient à être de la fête.

Il y a tout d'abord le retour du "rêve américain". A l'heure où le déclin américain apparaît inéluctable, celui-ci il est oublié, balayé, éradiqué par l'euphorie de la victoire d'Obama. C'est le retour de "l'Amérique qu'on aime" comme l'a dit, par exemple, Arlette Chabot sur Europe 1, sauf qu'elle oublie un peu vite les facteurs démographiques, économiques et structurels qui ont modifié profondément ce pays et qui ne ressemble plus à l'image qu'elle s'en fait. De quelle Amérique parle t-on? Entre la crise qui s'est répandue sur la planète, deux guerres qui sont des échecs patents, une dette abyssale, une absence de couverture sociale pour un grand nombre d'américains, le rêve a plutôt tourné au cauchemar ces dernières années.
Dans ce contexte, alors qu'il est encore appelé "l'homme le plus puissant du monde" par un certain nombre de journalistes et d'éditorialistes prisonniers de leurs vieux réflexes du passé et de vœux pieux, le président est l'otage de la finance mondiale qui semble rester insensible à ses charmes; si l'on observe les cours de bourse.

Le parallèle entre Obama et les politiques français que ces derniers ne manquent pas de faire est aussi savoureux. Nonobstant les intérêts divergents entre les Etats-Unis et l'Europe sur de nombreux sujets, la récupération n'a pas manqué. Obama est de sang mélé, comme Sarkozy qui s'était défini ainsi dans son "formidable discours du 14 janvier 2007" dixit J.F Copé ou encore Obama candidat du nouveau et non conventionnel comme Royal, sauf que cette dernière occupait déjà des fonctions politiques lors du premier septennat de François Mitterrand.
Bref, la situation politique et sociale entre les deux pays est tellement différente que les leçons de modernité que nous donne la "plus grande démocratie du monde" qui permettent de ringardiser une nouvelle fois le modèle français fait fi de cette réalité.
Ainsi, les Etats-Unis sont un agrégat de communautés alors que la France à fait le choix de l'assimilation, ce qui implique par exemple que les mariages mixtes sont beaucoup moins fréquents de l'autre côté de l'Atlantique. Or, c'est un grand atout pour la France qui devrait être salué comme un signe de modernité.

Au lieu d'expliquer ces différences entre les deux sociétés, la palme du ridicule revient à ce sondage de l'Ifop paru dans le JDD du 2 novembre.
A la question : Personnellement, pourriez-vous un jour voter à l'élection présidentielle pour un candidat noir? 80% des sondés répondent par l'affirmative. A la même question pour un candidat d'origine asiatique ou maghrébine, le taux chute à 72 et 58% respectivement.
Quel est l'intérêt d'un tel sondage? Sans doute sert-il une nouvelle fois à rendre ringards les partis politiques qui seraient plus racistes que la population. Le sondage omet à bon compte les questions d'accès à l'emploi, au logement où des discriminations subsistent et qu'il conviendrait de faire cesser. Il montre, en revanche, une nouvelle fois le côté réducteur et manichéen vers lequel le système médiatique tend, où l'on évacue l'individu et le programme politique éventuel au profit de la seule couleur de peau. Belle façon de faire l'inverse de ce que l'on dénonce.


Sondage exclusif Ifop pour Le journal du Dimanche

28 octobre 2008

Qu'est ce que c'est que cette histoire...

Le Président, malgré la crise, n'en n'oublie pas pour autant son sketch désormais bien connu du travail le dimanche.
En tournée ce 28 octobre à Sedan, il a conté une cinquième fois cette belle fable pour le plus grand plaisir de son auditoire. Cependant l'enthousiasme des débuts semble faire place à une certaine lassitude.

A voir et à revoir cependant sur Le Post


13 octobre 2008

Dérapages et chiens de garde

Dans le petit milieu des journalistes et commentateurs, quand les intérêts sont menacés, on sait faire preuve de confraternité. Ainsi le spécialiste ès médias de l'hebdomadaire L'Express, Renaud Revel monte au créneau pour défendre l'ex-chroniqueur économique de TF1 et LCI, Jean-Marc Sylvestre, suivi en cela par l'éminent Jean-Marc Morandini, dont le crédit journalistique n'est plus à démontrer.

Le crime de lèse-majesté envers Sylvestre émane du sénateur socialiste Jean-Luc Mélenchon, qui, interrogé par Anne-Sophie Lapix dans l'émission Dimanche Plus sur les conséquences à tirer de la crise actuelle, a pointé un certain nombre de responsables:"Ne faites pas confiance à ceux qui vous ont cassé les bras et les jambes pour venir vous les soigner. Cela veut dire qu'il y a tout un personnel médiatique, politique, économique qu'il faut pousser vers la sortie".

La journaliste feint l'étonnement sur le personnel médiatique et le sénateur livre un nom: "Bien sûr! Vous voulez un nom? Votre collègue Jean-Marc Sylvestre qui nous fait du catéchisme libéral depuis bientôt dix ans sur TF1, matin, midi et soir en expliquant qu'il faut acheter des actions (...) Il n'analyse rien du tout, il fait de la propagande, matin, midi et soir."


Devant tant d'impudence, les réactions d'indignation n'ont pas tardé, par l'entremise de Revel et de Morandini, qui ne pouvaient rester passif face à cette mise en cause éhontée du personnel médiatique et économique.

Revel, sous le titre "Mélenchon le dérapage", procède par analogies crasseuses sans émettre la moindre remise en cause argumentée du propos. Un extrait: "Ce type de sortie rappelle les fatwas de 1981, quand la gauche excommuniait une partie de la profession et organisait des charrettes dans l’audiovisuel. Que ferait Mélenchon s’il était en situation de gouverner ? Des listes noires à l’entendre. La charge est en tous les cas peu reluisante et caricaturale."
Fatwa, excommunication, liste noire... Le commentaire de Mélenchon était peut-être sévère, mais sans doute pas autant que celui-ci de Revel qui ajoute à la caricature, le nauséabond.
Son commentaire reste dans la ligne des éditorialistes qui pourfendent à longueur d'éditos, les "privilèges des fonctionnaires", les "euro-sceptiques", les "islamo-gauchistes", et soupçonnent d'antisémitisme la moindre critique du néo-libéralisme.

Le sémillant Jean-Marc Morandini (qui, comme le rappelait Télérama, fait travailler une batterie de stagiaires pour ses émissions, j'ai donc de sérieux doutes sur l'auteur de l'article) pousse également des cris d'orfraie en parlant de "charge sans précédent". L'article rapporte les propos de Mélenchon dans ces termes: "(...)il faut virer quelqu'un comme Jean Marc Sylvestre, chroniqueur économique sur TF1 qui depuis des années ne fait pas de l'information sur TF1, mais de la propagande ! Voilà les gens qu'il faut virer !". Sauf que ce n'est pas exactement ce qui a été dit, mais ça Jean-Marc n'en a cure, tellement prompt à sauter sur tout scandale à même de faire de l'audience.

Sur le fond, l'attaque de Mélenchon est justifiée mais forcément partielle. Sylvestre n'est que le maillon d'une chaine de commentateurs et d'éditorialistes qui comme Marseille, Gaudet, Minc, Baverez, Nay, Elkabbach etc... prêchent la bonne parole de la réforme néo-libérale. Ils assènent leur dogme du moins d'État, d'impôts, de fonctionnaires sur de nombreux médias, notamment sur le service public, sans que cela n'émeuve ou ne pose de problème déontologique.

Alors, comme avec l'affaire Siné, le balancier médiatique penche tellement dans le sens de la défense des pouvoirs et de l'idéologie dominante que cela entraine des commentaires un peu excessifs en retour. En revanche sur le fond, aucune réponse, aucune excuse, mais la défense d'un modèle qui montre ses limites, et de ses soldats, qui professent la loi du sacro-saint "marché" dans les médias.
Heureusement que nos chiens de garde veillent à ne pas laisser s'instruire les procès staliniens de vulgaires "crypto-marxistes".


Quand Mélenchon dérape
Revel baisses d'un ton
Mélenchon (PS): "Il faut virer Jean Marc Sylvestre de TF1 !"
Mélenchon s'en prend au Saint Sylvestre (Marianne)

2 septembre 2008

Le vide politique (政治空白)

Yasuo Fukuda rejoint la cohorte des Premier ministres japonais démissionnaires, un an seulement après avoir succédé à Shinzô Abe qui, suite à la défaite du PLD aux élections sénatoriales, avait dû également remettre sa démission. C'est également un mois à peine après le remaniement de son gouvernement dont les doutes étaient permis sur sa viabilité. C'est un nouveau sondage très défavorable au premier ministre - dont la cote de popularité ne dépassait pas 30% - qui a scellé son sort un peu brutalement, celui-ci annonçant son départ lors d'une conférence de presse ce lundi 1er septembre.

L'ancien chef du gouvernement y expliqua les raisons de son départ : "Devant la situation de notre économie et de la vie quotidienne de nos concitoyens, je considère que nous devons remettre nos forces en ordre pour mener la bataille au parlement. Il ne peut y avoir de vide politique. Il nous faut maintenant une nouvelle équipe pour conduire notre politique, et c'est pour cela qu'aujourd'hui, j'ai pris la résolution de démissionner". 「いま日本経済、国民生活を考えた場合、体制を整えた上で国会に臨むべきであると考えた。ここで政治空白を作ってはならない。この際、新しい布陣で政策の実現を図って参らなければならない、と判断し、本日辞任することを決意した」と辞意を表明した。」
En quittant son poste si rapidement, il risque de provoquer l'effet contraire, et, à la paralysie née de la cohabitation, risque de s'ajouter la vacance du pouvoir, inopportune au moment où un plan de relance de l'économie venait tout juste d'être présenté. L'instabilité politique de l'archipel ne peut que nuire à une économie dont beaucoup craignent une récession.
Dans ce naufrage, le seul réconfort pour Fukuda est venu de Chine qui perd un partenaire ayant contribué à l'amélioration des relations entre les deux pays. L' AFP rapporte les déclarations de la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Jiang Yu : "Les relations entre la Chine et le Japon connaissent une période favorable avec un approfondissement des relations stratégiques et mutuellement bénéfiques" (...) "Le Premier ministre Fukuda y a fortement contribué et nous l'apprécions beaucoup" .

La question de la succession à Fukuda se pose maintenant et à l'heure qu'il est, deux personnalités réputées conservatrices sont sur les rangs. Le favori Tarô Asô, le fraîchement nommé au poste secrétaire général du PLD, traditionnelle rampe de lancement vers le poste de premier ministre et qui se dit apte pour la fonction : "Le Premier ministre a dit souhaiter un successeur afin de poursuivre son action et après en avoir discuté avec lui, je pense avoir les qualités pour prendre la suite des réformes et notamment en matière de relance de l'économie".(首相から)『そこらのところをぜひ実効あらしめるようにしてほしい』という話があったので、緊急経済対策を含めて首相といろいろ話をしてきた私としては、そういったものに受ける資格があるのかな。」
Les médias japonais se font également l'écho de la possible candidature de Yuriko Koike, ex- ministre de l'Environnement, puis de la Défense sous Koizumi et Abe, connue pour être ses positions nationalistes et conservatrices.
La nomination de son successeur interviendrait le 22 septembre lors d'une élection interne, d'après les médias japonais proches du PLD. Les prochaines élections législatives, initialement prévues en septembre 2009, pourraient voir leur date avancée si le blocage institutionnel persiste, et il n'a pas de raisons de cesser. Le PDJ et son leader Ichirô Ozawa, en détenant la majorité au Sénat et en s'opposant aux projets du gouvernement, tiennent une tactique efficace pour mettre en échec le parti au pouvoir, et fragiliser leurs leaders. Des élections anticipées auraient pour vertu de clarifier une situation confuse et paralysante pour le pays surtout dans un contexte international assez défavorable.
Après les échecs patents d'Abe et de Fukuda, le PLD peut-il se permettre d'échouer une nouvelle fois?


Discours de Fukuda dans le Mainichi
Analyse du journal Asahi

26 août 2008

Remaniement gouvernemental au Japon : améliorer le quotidien?

Depuis son arrivée à la tête du gouvernement japonais en septembre 2007, les problèmes de Yasuo Fukuda se sont accumulés, au point qu'au début du mois d'août , ce dernier a du procéder à un remaniement – l'opposition, elle, réclamait des élections anticipées. Ce remaniement fait suite à une côte de popularité au plus bas pour Fukuda et à une politique gouvernementale apathique, paralysée par la cohabitation entre le jimintô (PLD) et le minshutô (PDJ) à la tête des deux chambres à la Diète.
Pour remédier à cette situation politique défavorable, Fukuda a choisi de s'entourer de sa propre équipe (suite à la démission de Shinzo Abe, 15 des 17 membres du cabinet étaient restés à leur poste), tout en se voyant imposer l'ancien ministre des affaires étrangères Tarô Asô, nommé au poste stratégique de secrétaire général du PLD. Ce leadership de Tarô Asô sur le parti laisse à penser, sauf surprise, qu'il mènera le parti lors des élections législatives de septembre 2009.

La forte impopularité de Fukuda auprès de la population ces derniers mois, trouve son explication dans la poursuite des mesures libérales initiée par ses prédécesseurs, Koizumi en tête, ainsi que part la situation économique dégradée au niveau mondial qui touche le pays.
Après l'affaire de la disparition de 50 millions de dossiers de retraite lors de leur informatisation dans les années 1980 qui précipita la chute du cabinet Abe, un plan de couverture médicale devant entrainer une hausse des cotisations médicales pour beaucoup de personnes âgées, qui représentent une part grandissante de la population n'a fait qu'accroître le sentiment des Japonais que le pays est sur le déclin. Fukuda en est conscient, lui qui déclara durant l'annonce du nouveau gouvernement :
« Depuis ma prise de fonction, j'ai poursuivi les réformes sous le regard du peuple. Cependant, avec la hausse brutale du prix des carburants et de l'alimentation, beaucoup de gens ont le sentiment que leur vie est devenue plus difficile. J'ai décidé de mettre en œuvre de nouvelles mesures qui permettront d'améliorer le quotidien.»
.「首相就任以来、国民目線での改革を進めてきた。しかし、ガソリンや食料品価格高騰の影響で生活が苦しくなったと感じている方が多い。生活改善を実感できる政策の実現を重視した新たな布陣にした。」

Pourtant, on observe le retour d'anciennes figures du gouvernement Koizumi, à des postes clés : Kaoru Yosano retrouve le portefeuille de la politique économique et fiscale et Toshiro Nikai celui de l'économie, du commerce et de l'industrie. Ce dernier fut notamment en charge à la Diète du comité de réforme de privatisation de la Poste. L'ancien ministre des finances Sadakazu Tanigaki a, quant à lui, obtenu le ministère du territoire, des infrastructures, des transports et du tourisme. Ces figures importantes du PLD sont connues pour être des tenants de la rigueur. Mais il semble peu probable qu'une cure d'austérité soit à même de répondre aux améliorations dans la vie quotidienne que les Japonais souhaitent.

Il s'était refusé à remanier son cabinet jusqu'au sommet du G8 en juin était une occasion importante pour lui de capitaliser sur les succès diplomatique de son début de mandat et de se montrer comme un leader d'envergure mondial. Même si on ne peut lui en imputer la plus grande responsabilité, les observateurs s'accordent à souligner l'échec de ce sommet où les questions environnementales étaient au coeur des discussions. L'objectif de réduction de 50% des gaz à effet de serre à l'horizon 2050 est trop lointain pour avoir quelconque effet contraignant sur le cours des événements. Le prix de l'énergie semble être la seule variable à même de faire bouger les choses sur ce plan.

L’objectif de réduction massive des gaz à effet de serre semble pourtant un moyen efficace de redonner un cap au pays, ce qui lui fait défaut depuis l’éclatement de la bulle au début des années 90, mais comme on a pu le lire dans le quotidien le Monde dans de récents articles, les rejets industriels baissent difficilement, et le secteur automobile – pourtant leader mondial des voitures hybrides – peine à imposer ce type de véhicule sur le marché japonais, la faute à des prix pas assez compétitifs et à un manque de soutien de l'État. La hausse du prix des carburants qui grève le pouvoir d'achat de nombreux Japonais devrait entrainer le gouvernement à prendre des mesures afin de réduire la dépendance énergétique du pays.   

Sur le plan diplomatique, Fukuda peut, en revanche, s’enorgueillir d’avoir quelque peu modifié la perception de son pays sur la scène internationale. Sans revenir sur l’alliance avec les États-Unis, le rapprochement opéré avec ses voisins d'Asie, la Chine en tête, depuis son arrivée au pouvoir a dépassionné des contentieux qui restent tout de même à résoudre. Considéré comme un modéré dans son parti, il paye cependant un manque de charisme et de poigne qui aiguise les appétits de ses rivaux au sein du PLD, d'autant que la situation de blocage institutionnel n'est pas propice à une activité parlementaire nourrie.

Nobostant la parenthèse Shinzo Abe, Le parallèle avec la situation de Gordon Brown en Grande-Bretagne est tentant puisqu'on observe les mêmes difficultés à succéder à deux phénomènes politiques, Tony Blair et Junichirô Koizumi. Ces derniers ont tous deux eu une longévité exceptionnelle à la tête de leur pays, dix ans pour Blair et cinq pour Koizumi dans un pays où la durée de vie d'un gouvernement depuis 1955 excède rarement deux ans. Leur politique, si elle reste contestable sur de nombreux points (soutien à la guerre en Irak surtout chez Blair, visite au sanctuaire de Yasukuni et les relations tendues avec ses voisins asiatiques, creusement des inégalités sociales pour Koizumi notamment), a malgré tout reçu l'assentiment de l'opinion et des médias leur permettant de mener à bien leur programme.

En revanche, Brown comme Fukuda ont certaines difficultés à passer de l'ombre à la lumière, et si pour Brown la menace ne vient surtout du leader de l'opposition David Cameron, le premier ministre japonais doit contenir des rivalités au sein de son propre camp. Reste que ce remaniement a peu de chances de redonner du souffle à son cabinet, et loin de ses promesses d'action, la montée en puissance du rival Tarô Asô au poste de secrétaire général du PLD préfigure déjà l'après Fukuda.



Discours de Fukuda

Composition du nouveau cabinet

Liste des premiers ministres japonais

24 juillet 2008

Siné/Val

C'est une histoire qui commence par une bombe : le journaliste Claude Askolovitch, dans l'émission de RTL On refait le monde, croit savoir que le rédacteur en chef de Carlie Hebdo, Philippe Val va débarquer le dessinateur Siné du journal pour propos antisémites dans une chronique consacrée à Jean Sarkozy.
Seulement tout n'est pas si simple, et le fond de l'affaire est résumé sur le site Marianne2.fr
La critique de Daniel Schneidermann sur le site d'Arrêt sur images, et le papier de Francis Kuntz sur Agoravox (à lire ici)nous en apprend également un peu plus sur les véritables dessous de cette affaire, à savoir des divergences sur le traitement réservé au journaliste Denis Robert.
Apparemment anodin, cet épisode est révélateur de l'art de la diversion de tout un pan des journalistes/éditorialistes, préférant manier les anathèmes afin de disqualifier toute critique ou enquête sur les pouvoirs en place.

Où sont les enquêtes sur Clearstream, sur Monsanto, sur l'argent de l'UIMM, sur le délit d'initié d'EADS? La liste est longue. A chaque fois ou presque, un journaliste isolé planche sur ces affaires (je pense à Eric Decouty notamment), qui doit subir les emmerdes, les railleries, alors que des vrais scandales existent et ces enquêtes mériteraient d'être reprises, enrichies, approfondies ou critiquées par l'ensemble de la presse. Mais bien souvent, c'est silence radio ou un fumigène qui accompagne le traitement de ces affaires. C'est à ce raisonnement binaire auquel on assiste de plus en plus dans les grands médias. Val procède dans son édito par un procédé crasseux, en mélangeant Meyssan, les OGM et Robert, introduisant chez le lecteur le sentiment qu'enquêter sur ces sujets procède uniquement du conspirationisme, voire même serait illégitime. Son édito est au moins parlant sur ce point, Philippe Val est une espèce de béni-oui-oui du néo-conservatisme américain. C'est son droit le plus strict, mais l'assumer serait encore mieux, surtout pour les lecteurs de Charlie Hebdo.
Il vire Siné en l'accusant d'antisémitisme, mais réfute en retour, bien évidemment, les accusations de copinage avec l'avocat de Clearstream. Il me semble que la presse soit plus menacée aujourd'hui par les conflits d'intérêt divers (qui pourrissent l'essence même du journalisme et entretiennent la défiance des lecteurs) que par l'antisémitisme.

Quant au fils Sarkozy, il a eu toute latitude pour comploter à Neuilly, prendre un siège de conseiller général, puis la présidence du groupe UMP en six mois à peine. Et les télés, radios, hebdos de se répandre en éloges et chanter les louanges de celui qui est encore plus précoce que son père. Quand on parle du problème de l'insertion des jeunes sur le marché du travail, quelle foutaise. J'espère que Sarkozy citera son fils en exemple pour montrer que tout devient possible!
Bref, en entendant Claude Askolovitch descendre Siné dans On refait le monde, je m'attendais à un antisémitisme débridé digne de la presse des années 30 et tout ce que j'y ai vu, c'est de la maladresse pour pointer du doigt une nouvelle folie médiatique, cette fois-ci autour du dauphin. Et BHL à la rescousse, de tous les combats une fois de plus! Dans Le Monde s'il vous plait!
Dernier participant au bal de l'indignation, Laurent Joffrin dans Libération, qui, à trop vouloir démontrer le supposé antisémitisme de Siné, tombe lui même dans ce travers en accolant les termes juif et race. Mais bien sûr, on ne peut soupçonner Laurent Joffrin d'antisémitisme. L'indulgence et la mansuétude sont décidément à géométrie variable.


A lire ici ce très bon article de François Reynaert sur le sujet

10 juillet 2008

summer's goods

Boneless

18 juin 2008

L'art du détournement

Il y aura bien une jurisprudence « Avec Carla, c’est du sérieux ». Certes pas encore dans le milieu politique, mais chez son équivalent footballistique, tout aussi important médiatiquement parlant.
Face à un pouvoir d’achat en berne et faute de solution politique, le Chef de l’Etat, bien aidé il est vrai par une « journaliste » par ailleurs bonne copine de Rachida Dati, fut plus disert sur sa vie personnelle et sur le sérieux des liens l’unissant à la chanteuse de gauche.
Hier soir, après une partie somme toute médiocre de l’équipe de France, les regards et les interrogations se sont naturellement tournés vers le patron de cette équipe, à savoir Raymond Domenech. Peu ou pas d’auto-critique… Ah si ! Sur la forme, un point commun avec Sarkozy, et une demande en mariage plutôt incongru en ces circonstances.
Si le sort de l’équipe de France de foot n’a qu’un intérêt relatif et qu’il est plutôt amusant de voir le sélectionneur s’en tirer avec une pirouette, on se trouve, une nouvelle fois, en plein mélange des genres et sur le fond, cette séquence plutôt embarrassante permet de lancer un fumigène qui attirera les médias comme la lampe, les phalènes.
Le trouble perceptible de la principale intéressée durant l’émission qu’elle anime juste après les matchs ne l’a, certes, pas empêché de rester professionnelle et de ne pas esquiver la question de l'éviction de son compagnon. Cependant reste entier le débat récurrent sur les relations consanguines entre les gens de pouvoir et les journalistes qui jettent le discrédit sur des médias qui n’ont pas la réputation d’être particulièrement tenaces avec les pouvoirs quels qu'ils soient en temps ordinaire.
Il y a également un côté obscène de voir la vie amoureuse servir de paravent à des problèmes professionnels, ce qui m’a permis de méditer la théorie de Christophe Barbier, de politisation du people qui peut s'adapter au cas présent.
En tous cas, le teaser est lancé et la presse de se demander la réponse d’Estelle Denis à cette demande cathodique.

21 mai 2008

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6 mai 2008

On n'a pas de pétrole, mais on a des mauvaises idées

Ce que l'on peut retenir du Grenelle de l’environnement qui s’est tenu en octobre 2007, est plutôt en mesures concrètes, quand celles-ci n'entrent même pas parfois en contradiction avec les intentions affichées, en témoigne la position du Parlement sur la loi OGM actuellement en débat.
On commence, cependant, à avoir un certain recul sur la mise en place d’une mesure phare de ce Grenelle, à savoir l’éco-pastille, entrée en vigueur depuis le début de l’année sous forme de bonus-malus calculé selon le niveau de rejet de co2 des automobiles.
Sur le papier, inciter l’achat de voitures peu émettrices de dioxyde de carbone et au contraire taxer les plus polluantes apparaît comme une mesure intéressante, d’autant que, d’après le ministère de l'environnement, «le mécanisme a été conçu de façon à ce que les recettes du malus financent les dépenses du bonus et du super-bonus».
Reste qu’après un premier bilan, en suivant le raisonnement de Jean-Louis Borloo, on est loin d’une compensation optimale : « depuis l'entrée en vigueur, le 5 décembre 2007 du bonus/malus écologique, les ventes de voitures émettant moins de 130g/km de Co2 ont augmenté de 35%, et celles émettant plsu de 160g/km ont chuté de 45% ». Sur cette base, on évalue un déficit du système fleurtant avec les 30 à 50 millions d'euros par mois depuis le début de l'année 2008.
Les ONG ont regretté que le dispositif « se limite à une taxe ponctuelle et non annuelle», ce qui aurait certainement permis de rendre la mesure indolore pour le contribuable. Une taxe annuelle sur les voitures à partir d’un certain taux de rejet de co2 sur le principe de la défunte vignette aurait eu le mérite d'être sans douleur pour le contribuable dans son ensemble, tout en étant un moyen d'incitation pour les constructeurs à trouver rapidement des solutions pour répondre aux enjeux de la pollution atmosphérique.
Cependant, le gouvernement, qui a déjà bien du mal à résister au lobbying des semenciers sur la question des OGM, n'a pas souhaité se mettre aussi à dos les constructeurs automobiles.
Ces derniers l’emportent au détriment de la collectivité. Le bonus, profite largement aux marques françaises, compétitives sur le segment des citadines, et permettra d'endiguer pour un temps la part de marché déclinante de ces dernières sur le marché hexagonal Les ventes d'automobiles étrangères représentent désormais 48,2 % du marché (45,7 % en 2006).
De plus, à l’heure d’un pouvoir d’achat grevé par la hausse continue du prix des carburants et de l’urgence climatique, ce dispositif est beaucoup trop timoré et isolé pour avoir un quelconque impact sur la révolution nécessaire dans les transports et les modes de déplacement.
Et ce n’est pas en tentant de vendre des centrales nucléaires à tour de bras comme le fait le gouvernement qui résoudra le problème.
La priorité de l'action publique devrait être le transport ferroviaire, d'autant que pour le coup l'État propriétaire à toutes latitudes pour mettre en avant ce moyen de transport, plus écologique que la voiture ou l'avion. Or, aucune des déclarations ou mesures concernant le transport ferroviaire ces dernières années ne va dans ce sens : restructuration du fret avec des fermeture de lignes, la Cour des Comptes estimant qu'une partie des lignes les moins fréquentées devrait être fermée, ou l'annonce (démentie depuis) de la suppression de la carte famille nombreuse.
Le train est pourtant un des enjeux majeurs concernant le transport des personnes et des marchandises pour parvenir à une réduction significative des gaz à effet de serre.
En matière de transport urbain, des avancées ont été accomplies par les municipalités avec la multiplication des tramways et de service de location de vélo. Un des projets les plus intéressants en matière de transport collectif, sera la mise en place d'un service de location de véhicules propres (électriques ou hybrides) à Paris en 2009. Si il fonctionne, nul doute que d'autres municipalités vont se doter d'un tel système qui imposera une refonte majeure de l'organisation des zones urbaines.
Il est donc encourageant de voir que des solutions locales sont en passe d'être trouvées, quand l'État, sous couvert de bonnes intentions écologiques, nous sert une redite des fameuses primes à la casse appliquées en 1994 et 1996 par Edouard Balladur et Alain Juppé.
Ces mesures qui ont coûté un milliard d'euros à l'État, n'ont pas impulsé le rajeunissement du parc automobile français entre 1995 et 1997, créant uniquement un effet d'aubaine chez les personnes désirant changer de voiture.
A vouloir ménager l'environnement et, dans le même temps, favoriser les constructeurs automobiles, le gouvernement s'enferme dans des contradictions néfastes pour le pays.
On voit les dégâts de ce genre de politique avec les biocarburants, qui étaient la solution miracle il y a à peine deux ans encore, et qui s'avèrent désastreux aujourd'hui dans un monde marqué par une demande croissante de biens alimentaires. Le gouvernement de l'époque avait voulu, habilement pensait-il alors, nous convaincre de l'intérêt écologique de ces carburants tout en subventionnant une partie de l'agriculture.
Cette politique du mélange de la carpe et du lapin, menée également sur les droits de l'homme, a du mal à tromper sur les réelles intentions du gouvernement qui fait le choix de servir les intérêts des entreprises françaises au détriment de l'environnement et de l'assainissement des finances publiques.

19 avril 2008

La France prise au piège du nationalisme chinois

Le régime communiste chinois est en train de faire payer à la France les incidents ayant émaillé le parcours de la flamme olympique à Paris, bien que les mêmes incidents se soient passés deux jours plus tôt à Londres, sans que l'on assiste pour autant à des réactions semblables en Chine.
Les journaux français se font l'écho de manifestations « anti-françaises » dans plusieurs villes du pays visant particulièrement l'enseigne Carrefour qui, avec une centaine hypermarchés, est assez présente dans le pays.

Si comme le précise Jean-François Huchet, directeur du Centre d'études français sur la Chine contemporaine, les produits français seront peu touchés par ce boycott car peu présents et consommés par la population, on a tout de même entendu cette semaine les patrons des grandes entreprises françaises du cac40, soucieux de maintenir leur niveau de profit de 2007, monter au créneau. Le PDG de LVMH, Bernard Arnault, dans un entretien au Figaro cette semaine, estime prudemment que «Même si l'on peut être choqué de ce qui se passe au Tibet, il est également choquant de voir des attaques contre la Chine. La Chine a fait d'immenses progrès depuis vingt ans, tant sur le plan du développement économique que de son ouverture au monde».
Moins hypocrite , le PDG de Suez, Gérard Mestrallet, invite à «faire attention à bien distinguer le message envoyé aux politiques et à ne pas froisser le milliard de Chinois». [La Chine] «nous offre de très belles opportunités. Nous sommes des amis de la Chine, et nous souhaitons le rester».
Concernant les contrats passés directement avec le gouvernement chinois, il n'y a pour le moment aucune remise en cause et cela pour au moins deux raisons:
Les contrats portent sur des technologies de pointes (nucléaire, aéronautique...)qui, pour certaines d'entre elles, donneront lieu à des transferts de technologies. Si la Chine a un développement économique extrêmement rapide, elle est encore dépendante de ces technologies occidentales.
Cela permet au gouvernement chinois de sauver la face au niveau international, en arguant auprès de ses partenaires commerciaux qu'il n'y est pour rien dans les manifestations.
Il est difficile de recevoir ce second argument dans un pays où la moindre protestation sur internet du régime est sévèrement réprimé. Si les manifestations étaient vraiment spontanées, il serait assez facile de les contenir, voire même de les réprimer.
Sans vouloir minimiser l'indignation de la population qui a notamment été sensibilisé par la propagande concernant le chahut de l'athlète handicapée pendant le passage de la flamme à Paris, l'hypothèse la plus vraisemblable reste que le pouvoir, sans organiser les manifestations, téléguide les manifestants dans un but nationaliste.
Cette manière de procéder par double langage est très habile, puisque si débordement il y a, le gouvernement pourra y mettre un terme et apparaître responsable auprès de la communauté internationale et du pays visé, ici la France. Il s'y emploie déjà, en rappelant «la ferveur patriotique doit être canalisée de manière rationnelle et doit se transformer en action efficace».

Cet épisode est intéressant à analyser à l'aune des rapports sino-japonais. Au moment où Tôkyô signifie son refus de voir les gardiens de la flamme chinois assurer la sécurité de la flamme dans le pays, les manifestations contre la France rappellent étrangement celles à l'encontre du Japon en avril 2005.Toute une série de contentieux opposent les deux pays : manuels scolaires japonais jugés révisionnistes par la Chine, visites répétées du Premier ministre Koizumi au sanctuaire Yasukuni, prétentions des deux pays sur les îles Senkaku et l'entrée éventuelle du Japon au conseil de sécurité de l'ONU.
C'est néanmoins la parution d'un manuel d'histoire japonais minimisant ou passant sous silence des exactions commises par le Japon envers la Chine et la Corée du Sud durant la Seconde Guerre Mondiale a mis le feu aux poudres et provoqué l'ire de la population chinoise.
Des manifestations eurent lieu devant des magasins et des restaurants japonais en Chine, mais aussi des jets de pierres et autres dégradations de symboles japonais jusqu'à celles des ambassades et consulats du Japon à Pékin et Shanghai.
On retrouve ce même laisser-faire des autorités chinoises qui voit là un moyen de canaliser les frustrations de la population sur un ennemi extérieur et de renforcer le sentiment national tout en continuant de réprimer les opposants politiques au PC. C'est une vieille ficelle des régimes autoritaires mais qui fonctionne encore assez bien visiblement.
Même si on assiste à un réchauffement des relations entre les deux pays, surtout depuis la fin du mandat de Koizumi en 2006, si le refus de voir la sécurité de la flamme assurée par les gardes de la police spéciale chinoise (comme c'était le cas dans les autres pays jusqu'alors) se confirme, cela peut être source d'un regain de tensions. La porte-parole du Ministère des Affaires étrangères Jiang Yu se retranche derrière les usages olympiques en déclarant que «sur la question des gardiens de la flamme olympique, comme nous l'avons dit à plusieurs reprises, cet arrangement est en conformité avec l'usage international et a été approuvé par le Comité international olympique».
Il sera difficile pour le Japon de justifier ce refus, au risque de voir le pouvoir chinois se servir de ce prétexte pour laisser se reconstituer un front anti-japonais dans la population.

Ces crispations nationalistes montrent bien les limites du marché de dupe conclu avec la Chine par les puissances Occidentales. Au boycott chinois, la France, par exemple, n'a pas vraiment les moyens autres que symboliques de répliquer. En 2006, la France a acheté pour près de 24 milliards d'euros de produits chinois (vêtements, électronique, jouets...) contre 7,2 milliards d'euros seulement d'achats chinois de produits français. La levée des différents quotas dans le cadre de l'accession de la Chine à l'OMC en 2001 produit déjà des effets dévastateurs pour les emplois dans les pays développés. Le bilan des manifestations pour les droits de l'homme lors du passage de la flamme a donc un goût amer, car, non seulement, la population chinoise qui a déjà à souffrir du régime de Pékin, continuera à subir la répression et c'est une occasion pour les autorités de raffermir leur autorité en soudant le pays face à des puissances étrangères.
L'occident n'aura donc plus qu'à assister lors de ces Jeux, à la démonstration de puissance de sa créature: une alliance entre la dictature la plus sanglante et le capitalisme le plus débridé.

17 mars 2008

"Réformer plus fort"

Un seul mot d'ordre face à la défaite : plus de réformes et plus vite!
Les UMP (mais pas seulement) en rang serré pour répandre la bonne parole et rassurer une écrasante majorité de Français qui sont si impatients au point qu'ils en seraient même plus libéraux que les "ultras" de droite.
Petit florilège de cette belle communauté de pensée où se cache un intrus qui n'a visiblement pas bien retenu la leçon.

"Maintenir le cap et accélérer les réformes"
Nicolas Sarkozy, Président de la République, UMP

"Le gouvernement doit aller plus fort dans les réformes pour répondre à l'impatience des Français"
Patrick Devedjian, secrétaire général de l'UMP

"Après ce signal, il faut réformer plus vite, plus fort, mais aussi plus juste"

Frédéric Lefebvre, député UMP des Hauts-de-Seine

"il faut surtout accélérer les réformes promises, c'est cela qu'il faut faire, on perd trop de temps"

Jean-Claude Gaudin, sénateur-maire UMP de Marseille

"39% des Français sont partisans d'une accélération du "rythme des réformes voulues par Nicolas Sarkozy"

Enquête Ipsos-Dell

"Les réformes,plus vite et plus fort"
Editorial d'Étienne Mougeotte du 17 mars, journaliste UMP du Figaro

"La leçon que je tire, c'est qu'il faut accélérer le rythme des réformes, montrer que tous les engagements qui ont été pris vont être tenus"

François Fillon, Premier ministre, UMP

"Je crois qu'on parle trop des réformes et pas assez des progrès (...) Il faut parler des résultats"

Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre, UMP

9 mars 2008

Succès pour la gauche, quelle attitude face au MoDem?

Le 1er tour des élections municipales est plutôt intéressant pour l'avenir du PS et de ses alliances. Le reflux face à la défaite de 2001, la sociologie des villes et la déception de la politique gouvernementale explique ces bons résultats.Reste que le MoDem a plutôt réussi son premier baptême du feu électoral, en se plaçant en position d'arbitre dans plusieurs municipalités, et à ce titre, est courtisé de part et d'autre.
Panafieu à Paris et l'UMP plus généralement l'ont compris, eux, qui après avoir littéralement tenté de "flinguer" le MoDem suite à la présidentielle, regardent la formation orange avec les yeux de Chimène. L'UMP, toute puissante a perdu de sa superbe et le damage control l'on a entendu ce soir comme "défaite moins lourde que celle annoncée par les sondages", "scrutin uniquement local", "le chômage au plus bas depuis 1983" ou encore "la gauche n'a rien à proposer" qui va faire mentir les mines défaites de la plupart des personnalités de la majorité.
Face à "l'ouverture", c'est à dire le débauchage de personnalités de gauche par Sarkozy dans le but de déstabiliser le PS et de dépecer le centre, le PS et le Modem ont l'occasion de créer des majorités basées sur des convergences d'idées, bref le contraire de ce qu'a fait l'UMP jusqu'alors.
Alors, il y a certes des couacs dans la stratégie du MoDem qui n'est pas "claire" - je dirais plutôt qu'elle n'est pas manichéenne - mais la tendance de fond est celle d'un rapprochement entre cette formation et le parti majoritaire à gauche.
Sur ce point Ségolène Royal à "un temps d'avance" sur Bertrand Delanoë, elle qui a pris position pour une alliance avec le MoDem pour le second tour des municipales, quand le maire de Paris reste plus prudent car en position de force et peut à ce titre se passer d'eux.
Nul doute que la bataille qui s'annonce pour la tête du PS à l'automne entre en considération dans ces prises de position, mais le renouvellement des alliances sera une question centrale pour ce parti qui vit encore sur les fondements du congrès d'Epinay et du programme commun de 1972 et qui doit faire face à la faiblesse du PC et des Verts depuis l'expérience de la gauche plurielle. Les Verts font plutôt bonne figure mais le PC - qui stoppe l'hémorragie pour le moment - ne risque pas de sortir de sa lente agonie,l'avenir de la gauche radicale passant clairement par Besancenot.
Alors, le PS peut toujours considérer qu'aucune évolution du MoDem n'est possible, que ce parti est à droite et que rien n'est envisageable avec lui; ou prendre acte des convergences entre leurs électorats et, face au gadget sarkozien de l'ouverture, propose une alternative crédible. L'attitude actuelle du PS et de sa direction risque de renforcer aux yeux des Français son statut de bon gestionnaire local incapable de porter un projet pour la France.

7 mars 2008

A méditer

Alain Juppé, qui il y a quelques semaines était donné battu à la mairie de Bordeaux, a repris du poil de la bête au point d'envisager une victoire au premier tour dimanche.
Nous verrons ce qu'il en est, néanmoins, si le redressement du "meilleur d'entre nous" se confirme, cela marquera peut-être la fin du tunnel pour celui qui a réglé la note des dérives du RPR (comme Emmanuelli au PS) et cédé son poste de chef de l'UMP. Cette période marqua la fin des ambitions chiraquiennes d'en faire un rival à Sarkozy qui sans son accession à la tête de l'UMP aurait eu beaucoup plus de mal à conquérir le pouvoir.
La défaite de Juppé aux législatives de mai 2007, suite à son retour au ministère de l'écologie et du développement et de l'aménagement durables l'a apparemment vacciné de toute ambition nationale. Là encore, les voltes-face étant tellement nombreuses, on peut douter de sa sincérité. Une défaite marquerait en revanche une fin de carrière pour ce représentant de la "politique à l'ancienne", de ses énarques brillants intellectuellement, comme Laurent Fabius à gauche, programmés pour atteindre le sommet de l'Etat mais qui n'ont pas réussi à s'adapter à la nouvelle donne politique où la "communication" précède, voire se substitue à l'action.
Il a cependant appris de ses défaites et de son séjour québécois, lui qui résume, dans l'hebdomadaire Marianne, la versatilité de l'électorat en ces mots : «Glisser sur une crotte de chien le jour de l'élection peut changer un vote»

5 mars 2008

25 février 2008

Le droit d'insulter ses sujets

Parmi les justifications de la garde rapprochée du Président, suite au déjà fameux "casse alors toi pauvre con"(traduit par les quotidiens japonais par うせろ、馬鹿野郎), celle du Premier ministre procède d'un raisonnement curieux.
En effet, celui-ci déclare "Ce que je trouve totalement anormal, c'est que quelqu'un refuse de serrer la main du président de la République. On peut ne pas aimer le président de la République, sa politique, ne pas l'apprécier, mais le président de la République, on lui serre la main, on ne lui parle pas comme l'a fait ce personnage".
Dans les droits et les devoirs qui s'imposent à chacun normalement, le Président ne retient que les premiers ici encouragé par le chef du gouvernement (si ce titre a encore un sens). Il a le droit de réagir "avec son tempérament et avec son caractère" comme le dit Fillon, droit qui est refusé à ses contradicteurs qui non seulement doivent lui serrer la main mais aussi se taire devant les insultes présidentielles.
Non réciprocité des droits et devoirs toujours toujours dans l'affaire du SMS. Le président pénalement irresponsable se permet d'assigner un journaliste au pénal.
Il a, garanti par sa fonction, une immunité lui conférant une place à part dans le champ démocratique et un tel dévoiement de sa part choque immanquablement.
Ne parlons pas de l'avis du Conseil Constitutionnel qu'il a essayé de contourner en faisant appel à la Cour de Cassation, décision inique.
Cela n'est pas anodin quant à la désacralisation de la fonction présidentielle, dont Régis Debray pressentait les dérives dans L'obscénité démocratique d'un côté et de l'autre le renforcement d'un pouvoir personnel qui confine à la monarchie élective puisque s'affranchissant des règles de la constitution et de la courtoisie.

21 février 2008

"Dans tous les pays..."

Après Barbier et son ode à Carla, voici Aphatie et son allégeance à la reine Christine dans son interview politique du matin sur RTL. A écouter ici
Décidément le sarkozysme a cette vertu de dévoiler les connivences des journalistes politiques.
La mise en cause du jour, Christine Ockrent qui va devenir, par la main bienveillante de Sarkozy,directrice géné­rale de France Monde (regroupant RFI, France 24 et les participations françaises de TV5 Monde) aime à évacuer par le sexisme le fait qu'elle est aussi (mais pas seulement) l'épouse du ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner.
Elle se pare de sa position de journaliste reconnue mondialement, sollicitée par toutes les grandes chaînes internationales pour ses lumières sur la politique internationale et ainsi justifier de sa promotion. C'est pour le moins prétentieux et si elle n'est pas absente de qualités, qu'aucun problème de déontologie ne lui vienne à l'esprit est assez inquiétant et participe de la décrédibilisation généralisée des médias d'information français.
Lors de France Europe Express puis Duel sur la 3 que n'entend-on les experts, politoloques et autres dirigeants de sociétés fustiger les retards français (sur le manque de flexibilité bien évidemment) sur ses voisins européens voire mondiaux.
Devant ces arguments qui semblent imparables, il devient difficile de répliquer.
J'espère entendre les mêmes commentaires sur cette anomalie bien française, et ici incontestable, du mélange des genres et du copinage politiques/journalistes.
Quoi de plus naturel de cumuler les casquettes de journaliste sur une chaine nationale, de chroniqueuse à 120000eur par an sur une chaine d'info internationale, de faire des ménages pour le Medef ou Microsost (à quand pour l'UMP?) et aussi d'épouse d'un membre du gouvernement?
Personne ne lui demande à lui de démissionner, argue Ockrent. Et bien oui qu'il démissionne, qu'il laisse les promotions professionnelles à son épouse. Mais il ne le fera pas, pas plus qu'elle ne trouvera un instant cette situation détestable et décide avec son mari d'en tirer les conséquences.
Alors que Jean-Michel Aphatie - si prompt à relever les incohérences du personnel politique voire de ses collègues de la profession (sur Jean-François Kahn et son appel dans Marianne) - se fasse le porte-parole de ce genre de pratique est assez désespérant.
Fort avec les faibles, faible avec les forts hein...

màj :Jean-Michel Aphatie "pas très content de cet interview" sur son blog

20 février 2008

Le vrai Delanoë

Candidat dans le 10ème arrondissement le "vrai delanoë" comme il aime à se définir, gaspard de son prénom, nous présente quelques une de ses propositions...

19 février 2008

小浜

Une banale ville de pêcheur actuellement recouverte de neige bordant la mer du japon. Une de ces villes d'environ 30 000 habitants confronté aux problèmes démographiques et sociaux inhérents à ces communes rurales : la campagne attire de moins en moins quand la pêche n'attire plus du tout. Mais cette ville a tout de même une particularité. Au lendemain de la primaire américaine, les habitants de celle-ci se sont rendu compte qu'ils pourraient bien habiter la ville qui porte le même nom que le futur premier président noir américain. En effet 小浜 se lit non pas kohama comme beaucoup de japonais même le pense, mais bien Obama. Il n'en fallait pas plus pour qu'un groupe d'habitants décide de porter son soutien au candidat démocrate notamment par la mise en vente de tee shirts «  I love Obama » et de différents gâteaux à l'effigie de l'interessé. Toshio Murakami, l'actuel maire de la ville a également envoyé à Monsieur Obama des baguettes incrusté de la photo du candidat ainsi qu'une lettre d'encouragement, dont malheureusement il n'a reçu aucune réponse. Le groupe précise toutefois que l'action est sérieuse et que les personnes participantes adhèrent réellement aux idées du jeune sénateur de l'illinois dont la motivation et l'envie de changement sont opposées à la sclérose des dirigeants japonais actuels. Le responsable admet tout de même que si victoire d'Obama il y avait, d'éventuels touristes américain seraient le bienvenu...